A la croisée des mondes roms et manouches
«
Mon père était un Rom Kalderash mais ma mère une Manouche. Selon l’usage chez les Roms Kalderash, on doit demander la main de la fille que l’on veut épouser. Mon grand-père et ma grand-mère sont donc allés voir le père Steis pour présenter leur demande. Mais celui-ci n’a rien voulu savoir parce que les Manouches et le Roms ont des coutumes différentes. Chez les Manouches, on se fréquente, on s’aime avant de partir ensemble. Quand on revient, on est mariés. Et mon père l’a fait. Il a enlevé ma mère, il a voyagé avec elle à travers toute l’Espagne. C’est à ce moment là que je suis né. On m’a appelé Mateï, Mateo en espagnol. Et comme j’étais blond, on m’appelait Matéo Blanco.
Matéo Maximoff – Routes sans roulottes
»
En 1920 les Maximoff quittent l’Espagne pour la France. La famille s’agrandit. Pauline la mère de Matéo donne naissance à quatre enfants, Nina, Serga, Rayda et Yoshka. De cette époque, un souvenir restera à jamais ancré dans la mémoire de Matéo, celui de ce jour funeste de l’année 1925, à Bruxelles, où sa mère mourut subitement à l’âge de 28 ans. Matéo a 8 ans. Les cinq enfants sont pris en charge par Lutka, leur grand-mère paternelle.

Famille Maximoff en 1924

– de g.àd.- Raïda , Pauline (Elisa Steis), Nina,
Lolia (Grigor Maximoff), Serga , Matéo-1924,
(Ornano studio)
Le petit Matéo est avide de connaissance. Son père Lolia, lui apprend à compter. Pour lire et écrire, il se débrouille tout seul, son école est celle de la rue. En 1927, les Maximoff s’installent à Romainville,en banlieue parisienne, rue du Progrès, sous des tentes, dans un terrain vague.
Matéo a 14 ans lorsque son père meurt. Désormais orphelin et en tant qu’aîné, il endosse le rôle de chef de famille. « Dès ce jour là, il n’était plus un enfant, mais un homme, un Rom. »
Matéo Maximoff vers 1930
Il exerce toutes sortes de petits métiers, étamage, ferraillage, etc. Il ne rechigne à aucune tâche qui lui permette de gagner quelques sous. Il fait connaissance avec des gens de cinéma qui cherchent des figurants et c’est ainsi que le 7ème art entre dans sa vie.

En 1935, Matéo est marié à Moraïka mais au bout de quelques mois, celle-ci retourne chez ses parents avec leur fils Bourtia. Comble de malheur, Matéo se brouille avec son cousin Kolia et pour oublier cette série noire, il part du côté d’Agen rejoindre sa famille maternelle manouche. Il trouve le réconfort auprès de sa grand-mère maternelle Mimi Metbach.

Son séjour se prolonge et il part en tournée avec le cinéma ambulant de ses oncles et cousins, s’initiant à la pratique des projections, des réparations de films où il excelle.
Mateo (2ème à gauche) et ses cousins manouches
Malheureusement cette parenthèse enchantée prend fin de façon tragique.

Le drame se déroule dans la région d’Issoire, à Charbonnier-les-Mines. Une bagarre s’engage entre deux familles et trois personnes sont tuées parmi les oncles et tantes de Matéo. Bien que sans arme, Matéo qui a pris part à la rixe se retrouve en prison pendant quatre mois avant que son avocat n’obtienne un non-lieu et sa libération.

Charbonnier les Mines
– après la bataille

C’est lors de cette incarcération que le destin de Matéo prend un tour nouveau. Matéo écrit le déroulement de la bataille à la demande de son avocat Maitre Jacques Isorni qui n’est alors qu’un jeune avocat stagiaire; celui-ci admire son style et l’encourage à poursuivre. Sur des cahiers d’écolier, Matéo se plonge alors dans l’écriture de son premier récit. Il se remémore les histoires de son oncle Savka et de sa grand-mère Lutka qui ont peuplé les veillées de son enfance. « C’est l’histoire où l’on raconte que dans les temps anciens, à la naissance d’un enfant, une femme réputée sorcière, avec l’accord de la mère et en présence de l’enfant, faisait un grand feu à l’intérieur de la tente. On mettait dans une assiette, du pain et du sel avec un verre d’eau à côté. On invoquait les anges. Ma grand-mère m’a dit qu’on les appelait les Ursitory. Il y avait trois anges. L’un était l’ange du bien, l’autre l’ange du mal et le troisième prenait la décision. C’est à partir de cette histoire que j’ai écrit en trente et un jours mon roman Les Ursitory ».

les Ursitory – manuscrit – archives Nouka Maximoff
Matéo a 22 ans. Les bruits de la guerre lui parviennent et c’est le moment pour lui de remonter vers Paris pour retrouver ses frères et sœurs. C’est à regret qu’il quitte sa famille maternelle, où il dira avoir passé les plus beaux jours de sa vie mais aussi les plus douloureux. Tout autour de Paris et des anciennes fortifications, la Zone qui ceinture la capitale est un immense bidonville sur lequel les populations les plus pauvres ont édifié des baraques de fortune ou posé leur caravane. Matéo rejoint sa famille dans la zone de Clignancourt, une des plus étendues. Des familles roms de Pologne et de toute l’Europe centrale, y arrivent, fuyant le conflit meurtrier qui s’annonce. Le 3 septembre 1939, la guerre entre la France et l’Allemagne est déclarée. Avant même l’occupation allemande, l’exode des Roms s’organise ; Matéo et sa famille se retrouvent sur les routes en direction du Sud de la France.

LE RéCIT FAMILIAL

A LA CROISéE DES MONDES ROMS ET MANOUCHES

LES ANNéES
SOMBRES

JE CONTINUE A éCRIRE C’EST MA SEULE CONSOLATION

MONTRER LA VIE DES ROMS TELLE QU’ELLE EST

LE PREDICATEUR
MATéO

UN HOMME ENGAGé

UNE VIE POUR TRANSMETTRE