LE RéCIT FAMILIAL
«
En 1955, pour célébrer le 100ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, j’ai écrit un livre que j’ai intitulé « Le prix de la liberté ». Mon arrière grand père m’a servi de modèle pour le héros de cet ouvrage. D’après les calculs de mon oncle Savka, il était né en 1810 ou en 1812. Il est mort en 1910, âgé de 98 ou 100 ans. Pendant qu’il était là-bas en Roumanie, esclave dans un château, en même temps que quatre ou cinq cents autres tziganes, on a appris que depuis 1848, l’esclavage avait été aboli un peu partout en Europe.
Matéo Maximoff – Routes sans roulottes
»

Le récit familial transmis oralement constitue la trame narrative de plusieurs livres de Matéo. Ainsi nous remontons avec lui jusqu’au début du XIXe siècle dans les principautés de Valachie et de Moldavie (l’actuelle Roumanie) sur les traces d’Isvan, l’arrière-grand-père de Matéo, esclave des boyards, les aristocrates de ces territoires, pendant plusieurs décennies. L’esclavage des Tsiganes perdure jusqu’en 1855. Vers 1860 la famille s’installe en Russie. Selon la légende familiale, les services d’état civil attribuent alors à l’ancêtre de Matéo qui mesurait plus de 2 mètres le patronyme de Maximoff, évoquant sa taille et son poids hors du commun. Pendant un demi-siècle, les Maximoff parcourent l’immense territoire russe jusqu’aux confins de la Sibérie puis jusqu’en Chine. Le père de Matéo se souvient des terribles conditions de voyage dans le froid, la neige et des attaques de loups.

Certificat d’identité de Lutka-Alexandra Maximova – établi le 15-01-1937 –
La grand-mère de Matéo, Lutka qui est née en 1866 à Vladicaucase a eu quatorze enfants.

Le père de Matéo, Lolia est né le 1er juin 1890. Il a 20 ans lorsque sa famille quitte la Russie. Ils gagnent l’Ouest de l’Europe. Ils sont expulsés d’Angleterre et s’installent en France vers 1912.

Yono le grand père de Mateo -fils d’Isvan- et sa fille Tsouli.
Jardin d’acclimatation-caravane de Tcherkesses caucasiens
Dans ses mémoires, Matéo évoque un épisode de l’histoire familiale qui se déroule au Jardin d’Acclimatation à Paris en 1913. Des familles tsiganes y sont mises en scène, parmi d’autres populations « exotiques », dans de véritables « zoos humains ». Des cartes postales de l’époque ont gardé trace de cette exhibition sous l’intitulé de « caravanes de véritables Tcherkesses caucasiens ».
En 1914, un photographe rencontre la famille Maximoff, aux environs de Dijon. Ils sont en partance pour l’Espagne, fuyant le conflit de la Première Guerre mondiale, et c’est à Barcelone que Mateo verra le jour en 1917.

« En 1914, à la déclaration de Première Guerre mondiale, ma famille, ou ma tribu, comme on a l’habitude de le dire, quitte Paris. De la Porte de Pantin où ils campaient, les Rom kalderash de la tribu des Belkesti sont partis pour l’Espagne, certains à pied, tirant une charrette à bras. Nomades, ils devaient présenter aux autorités leurs carnets anthropométriques deux fois par jour, le soir en arrivant dans une ville ou un village, et le matin, en partant. Ainsi, ils étaient suivis à la trace. C’est au cours de ce voyage qu’un photographe amateur a pris plusieurs clichés de ce groupe, que François Reille (de Marseille) a pu retrouver, et qu’il m’a transmis. Ces photos présentent un moment de l’histoire de ma famille et je les ai regardées avec une certaine émotion. Le camp tsigane est le même que celui que l’on pouvait encore voir en France jusqu’au début de la guerre, en 1939. » (Matéo Maximoff)

– Diaporama

La tente de mon père dans laquelle je suis né, était semblable à celles que l’on voit sur les photos. Au centre mon père Lolia à gauche ma grand-mère Lutka, Alexandra Maximoff (née Ivanoff). Sa mère était juive. Elle eut 14 enfants, dont six seulement étaient encore en vie lorsqu’elle mourut à Montreuil sous Bois, âgée de 92 ans.

A gauche mon père Lolia. Deux ans plus tard, en Espagne, il allait épouser celle qui allait être ma mère, Pavlena (Elisa Renard). Dans les bras de mon père, son frère le plus jeune Kolia . Mon père était le fils ainé et Kolia le quatorzième enfant de ma grand-mère.
Au centre, ma grand-mère Lutka. Probablement la plus riche de la tribu. A droite, Tinka sa tante. Le plus souvent on l’appelait Belka (la Blanche), d’où ma tribu tira son nom, les Belkesti.
Tinka et ses deux filles Iponka et Loli
A gauche Iponka Koudakoff et à droite Tinka Maximoff, ma tante. Toutes les deux étaient les meilleures chanteuses et les dirigeantes de la chorale.

Après la mort de ma mère, j’avais huit ans, j’ai vécu sous la tente de ma grand-mère et chaque soir, Tinka berçait mes nuits. Elle chantait en se peignant les cheveux. Plus tard, interné dans les camps, je lui ai demandé de me chanter ces chansons anciennes pour les inscrire. Malheureusement, je les ai perdues en m’évadant des camps, lors du débarquement allié en 1944.

LE RéCIT FAMILIAL

A LA CROISéE DES MONDES ROMS ET MANOUCHES

LES ANNéES
SOMBRES

JE CONTINUE A éCRIRE C’EST MA SEULE CONSOLATION

MONTRER LA VIE DES ROMS TELLE QU’ELLE EST

LE PREDICATEUR
MATéO

UN HOMME ENGAGé

UNE VIE POUR TRANSMETTRE